jeudi 20 mai 2010

Cheminements - 24 avril-30 mai 2010



L'exposition à Monfort a été l'occasion, pour les étudiants en photographie de l'Ecole des Beaux-Arts, de rejouer un Picturediting dans un lieu radicalement différent de celui du Palais des Arts à Toulouse. Gardant certains de nos syntagmes et archipels d'images nous avons tenté de nouvelles variations, cherchant une sonorité propre à habiter ce nouvel espace.

Davantage d'images de l'exposition ici.

ou encore sur la galerie de Léa Pagès.

Prochain rendez-vous dans le cadre de la manifestation Pinkpong, le dimanche 30 mai 2010 au Palais des Arts, Ecole Supérieure des Beaux-Arts, quai de la Daurade à Toulouse.

vendredi 14 mai 2010

Photographie comparée


Tanger, 2008 ©goria


Domenico Ghirlandaio


Comparaison n'est pas raison par David Liaudet

"Les photographies d'actualité sont pleines des fantômes d'images qui les ont précédées..." un extrait d'un texte de Gilles Saussier

et puis Domenico Ghirlandaio démonté et remonté par Aby Warburg

jeudi 13 mai 2010

The Americans

"The Americans" est republié par les éditions Steidl en 2008. Les photographies constituant ce corpus sont issues d'un périple de Robert Frank de 2 ans à travers les Etats-Unis avec un appareil 24x36mm, "qu'il pouvait manier d'une seule main" dit Jack Kerouac. Démontrant une volonté documentaire tout autant qu'une forte subjectivité notamment inscrite dans la nature des cadrages, l'ouvrage est construit sur un editing proche du montage cinématographique dont l'image de couverture annonce le projet.

Le processus de travail est allé de 767 rouleaux de pellicules à, d'abord 1000 épreuves tirées à la main et groupées par sujets, puis une sélection de 83 photographies séquencées pour la maquette finale du livre "The Americans" accompagné d'un texte de Jack Kerouac et publié par Robert Delpire en France en 1958 et Grove Press aux usa en 1959.

Davantage sur ces liens :

Robert Frank et "Les Américains" sur desordre.net

le livre : The Americans

la réedition

une vidéo montrant Jack Kerouac

lundi 10 mai 2010

Diachronie fantaisiste 1

"S'arrêter sur des similitudes apparentes, fixer les ressemblances formelles comme seuls critères pour relier des objets qui s'ignorent, (...). Diachronie fantaisiste."

Richard Monnier, My Recreative Method, éditions contrat maint, 2004

Dans la machine à photosculpter que Claudios Givaudan invente en 1925, le sujet à reproduire en relief est décomposé en tranches lumineuses et subdivisé ainsi en autant de profils-images. Cinq boîtes à lumière disposées en couronne autour du personnage répartissent l'éclairage sur le contour à reproduire. Toutes les sources sont placées sur un même plan perpendiculaire à l'axe de prise de vue. L'ensemble d'éclairage se déplace, à chaque prise de vue, d'une longueur égale à l'épaisseur d'une tranche à réaliser. L'avancement du film et sa perforation et le déplacement de l'éclairage sur le sujet se font automatiquement grâce à un moteur électrique. Le chariot porte-éclairage avance en même temps que le film avance dans l'appareil après chaque exposition, il est au repos pendant le temps de pose du sujet. Les profils-images obtenus sur le négatif sont reportés sur de fines feuilles de zinc sensibilisées et gravées par morsure dans un bain d'acide. Ces feuilles sont ensuite rigoureusement superposées grâce aux perforations du film. Les images sont exactement étageables. Les supports profils forment un creux qui sera la représentation du sujet.

The Big Wheel de Chris Burden d'abord montrée en 1979, est une sculpture cinétique dans laquelle la montée en régime d'un moteur de moto met en mouvement une roue d'acier massive dont la rotation se prolonge pendant deux heures et demi, révélant les processus de transfert et de stockage d'énergie.

>La vidéo de l'action (enfin... les deux premières minutes!) par Chris Burden


Dans le premier disposif le couplage des machines d'éclairage et de prise de vue sert à l'analyse de la forme en la découpant précisément en tranches. Deux systèmes de translation par le biais de rails et de perforations sont synchronisés dans une durée mesurée et saccadée, elle-même découpée en tronçons. Dans l'oeuvre de Chris Burden l'énergie initiale continue du moteur est transmise et stoquée par la grande roue qui la restitue lentement, et tout aussi continûment, dans son mouvement, après que le moteur du véhicule a été stoppé. A un certain moment les deux roues en contact, d'abord en phase, se distinguent et s'opposent, l'une prolongeant silencieusement dans une durée fluide et interminable, l'effort bruyant et rapide de l'autre.

mercredi 5 mai 2010

La Belle Manière

Daniel Meyer, portail, 1609

"L'artiste de la Manière, écrit Tafuri, ne possède plus de terrain de réflexion universel et stable ; il sent se dérober sous lui toute foi et toute certitude, et il ne lui reste rien d'autre à faire que de sauter l'obstacle, de s'approprier les lois mêmes de cette infinie fermentation de la matière et de se comporter en expérimentateur sans illusion, tandis qu'il tente de complexes opérations qui confinent à la magie et à l'exorcisme."...

Antonio Pinelli, La Belle Manière, 1996

dimanche 2 mai 2010

Positions

La photographie comme geste.

Voir la Galerie de photos de Léa Pagès : ici

samedi 1 mai 2010

C'est un objet maniériste, il devient événement.


"Le nouveau statut de l'objet ne rapporte plus celui-ci à un moule spatial, c'est-à-dire à un rapport forme-matière, mais à une modulation temporelle qui implique une mise en variation continue de la matière autant qu'un développement continu de la forme. Dans la modulation, "il n'y a jamais arrêt pour démoulage, parce que la circulation du support d'énergie équivaut à un démoulage permanent; un modulateur est un moule temporel continu… Mouler est moduler de manière définitive, moduler est mouler de manière continue et perpétuellement variable"*. … C'est une conception non seulement temporelle, mais qualitative de l'objet, pour autant que les sons, les couleurs, sont flexibles et pris dans la modulation. C'est un objet maniériste, et non plus essentialiste : il devient événement."...
*Gilbert Simondon, L'individu et sa genèse physico-biologique, Puf
Gilles Deleuze, Le Pli, éditions de Minuit, 1988


Le moulage en forme de cœur que présentent les deux mains dans la deuxième photographie de de My Hands are My Heart renvoie à deux modulations distinctes : celle, organique, des battements du cœur qu'il figure et celle, artisanale puis architecturale, de la brique servant à la construction des bâtiments de la ville.

Le moulage en cire de la portion de corps comprise entre la main et la bouche de l'artiste renvoie au langage et au jeu de mot (live from hand to mouth, c'est-à-dire avoir du mal à joindre les deux bouts) et pose la question du rapport entre objet et langage.
Le dispositif cinématographique repose sur la division du ruban filmique en cadres, ou photogrammes, dont la projection intermittente à une cadence déterminée de 24 images par seconde produit une illusion de continuité. Le film de Richard Serra, Hand Catching Lead, 1969, illustre ce dispositif. Suivant le mouvement vertical de la pellicule dans le projecteur, des feuilles de plomb tombent dans le champ de l'image. La main de Serra s'ouvre et se referme pour les attraper et lorsqu'elle y parvient, les relâche aussitôt, reproduisant ainsi le défilement intermittent du film. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Au fil de l'action, la main de Serra noircit au contact du plomb et dessine, comme une ombre, la silhouette approximative d'un chien cherchant à attraper au vol les objets qu'on lui jette ; il ramène ainsi le dispositif cinématographique à ses origines : la projection d'un spectacle d'ombres sur un mur.
En 1969, Steve Reich créa Pendulum Music au Whitney Museum en compagnie de Bruce Nauman, Richard Serra, Michael Snow et James Tenney. Des micros faisant des mouvements de balanciers au-dessus d'un ampli, créent des larsens périodiques.
Puis avec les Clapping Music il crée une musique produite uniquement par les sons du corps.
Il invente dès 1965, le Phasing, par analogie avec la notion de déphasage présente en physique entre deux ondes ou en traitement du signal entre deux signaux périodiques.
D'autres Clapping Music :

jeudi 22 avril 2010

Cheminements, 24 avril/30 mai 2010


Dans le cadre de Cheminements, organisé par le Centre de photographie de Lectoure, Picturediting expose à la Maison Labat, place de la Mairie à Monfort (Gers).

Le vernissage a lieu samedi 24 avril à 19h 30.




Avec : Cécile Amigas, Chloé Bastit, Marion Bessière, Margaux Berrard, Julie Biesuz, Emilie Devin, Audrey Frégolent, Paul Gouron, Hee-sun Kim, Julia Lachaise, Guillaume Lapèze, Camille Lévêque, Amy Maga, Joséphine Mona, Hélène Montero, Chloé Munich, Léa Pagès, Eloïsa Perez, Francesca Russo, Sarah Chpoliansky, Marine Séméria, Noémie Sicard, Constance Thieux, Astrid Van Waren, Zuo Xian
Merci à François Saint Pierre et à l'équipe du Centre de photographie de Lectoure.

dimanche 18 avril 2010

Picturediting, ESBA Toulouse, le 6 avril 2010 au Palais des Arts





La journée du 6 avril a été intense pour le 2ème accrochage de Picturediting au Palais des Arts à l'école des Beaux-Arts de Toulouse.

Nous voulions monter l'exposition d'un bloc à partir des photos au sol sans plan appriori, tenir l'espace avec des pointes, des photographies choisies pour leur capacité à créer autour d'elles un mouvement, une force, centrifuge ou centripède, susceptible de porter des agrégats, de les laisser aussi bouger sur le plan solide du mur.

A ce moment-là les images ne sont plus hors-format, leur taille d'abord, puis à l'intérieur du cadre-limite la combinaison des masses de valeurs ou de couleurs, les objets qui se détachent, ceux qui trouent, toute une optique de précision est à l'œuvre pour rendre le lieu dynamique.

L'image, elle-même n'est plus au mur, elle suggère une approximation, une proximité du mur où se tient celui qui la regarde. Un tirage photographique n'est pas d'abord une image mais un objet. Ensemble nous manipulons ces objets avec la connaissance que nous avons des images qu'ils contiennent.

La tension de ce moment, improvisé et tenu, vient de ce que nous cherchons, entre les lignes dures de l'architecture et la variétés hétéroclytes de nos gestes, une manière précaire de vivre ensemble.

fg






d'autres images de l'accrochage : ici et de l'exposition : ici

et aussi sur la Galerie de Léa : c'est là

lundi 29 mars 2010

Pour immobiliser

La durée des temps de pose des daguerréotypes est à l'origine de la construction de nombreux équipements destinés à stabiliser le sujet, à l'immobliser efficacement, voire avec la chaise de pose de Bertillon à empêcher toute expression, où avec la machine à manger des Temps modernes à éviter les pertes de temps.

Philippe Ramette jette sans doute un pont entre la photographie scientifique et la photographie spirite.

Mais quelle machine mentale devons nous avoir intégrée pour participer à une freeze.




lundi 8 mars 2010

Joseph Kosuth

Joseph Kosuth, One and Three Photographs, 1965
(vintage photograph, photograph of a photograph, photographic enlargement of dictionary definition of 'photograph' )

Joseph Kosuth, Informationroom, 1970

Dans la série des proto-investigations conçue à partir de 1965 Kosuth présente pour chaque pièce, trois objets : un objet choisi, sa photographie prise dans le lieu de son exposition et le texte de la définition de l'objet, agrandi, tiré d'un dictionnaire anglais, si la pièce est exposée dans un pays anglophone ou tiré d'un dictionnaire de traduction vers la langue du pays d'exposition si celui-ci n'est pas anglophone. S'agit-il de la triple représentation d'une même chose ? Chacun des trois objets est-il une représentation et si oui, de quoi ?

1-l'objet choisi

De part et d'autre de la série, les objets choisis sont de natures très différentes, allant de la chaise au miroir, de la table à la plante, de la photographie à l'ombre.

Marteau, manteau, horloge, lampe, cadre, triangle, plante, miroir, ombre, photographie, scie, pelle, vitre, casserole, caisse sont soit remarquables par leur banalité, renvoyant à la production en série ou au cubisme, soit remarquables par le défi qu'ils lancent à leur représentation en comprenant une dimension temporelle, un mouvement (comme c'est le cas de la plante, de l'horloge ou du miroir). Si l'objet choisi est compris comme une représentation de lui-même c'est parce qu'il échappe à sa dimension d'usage, à sa fonction. Dans la droite ligne du ready-made il quitte le système des objets fonctionnels de son temps pour se donner à voir, affirmant que regarder et utiliser sont deux actes distincts. C'est donc le regard même qui qualifie l'objet en tant que représentation, qui le met à distance, dans un présent réitéré ou plutôt dans sa co-présence avec nous qui regardons.

2-la photographie

Oui, la photographie est bien une représentation de l'objet dont elle ne s'éloigne que relativement puisqu'elle lui est juxtaposée. La photographie de l'objet a été faite dans le lieu même où nous le voyons. Elle a été faite. Elle témoigne d'un moment et d'un acte passés. Passés de peu puisque compris dans le temps de l'exposition. Cette représentation incorpore à l'œuvre un temps particulier de fabrication : prise de vue, développement du film, tirage, transport. Pendant tout ce temps, l'objet est déjà dans le lieu de son exposition. En attente. Il ne s'agit pas d'un polaroïd. Une activité sociale, un métier, celui de photographe, est mis à contribution pour que l'oeuvre existe. Dans la comparaison que nous faisons inévitablement entre l'objet et sa photographie nous voyons un laps de temps dans lequel une activité de production a eu lieu. On peut imaginer que la qualité de l'objet "photographie" dépendra de l'évolution des techniques de production des images propres à une époque (particulièrement dans One and Three Photographs). Nous observons aussi le fond de la photographie qui pour être conforme aux intentions de l'artiste doit être dans la continuité du lieu réel. Nous vérifions.

3-la définition

En regardant l'oeuvre nous savons immédiatement dans quelle langue nous devrons nous adresser aux autres personnes présentes dans le lieu. La langue écrite est la langue du lieu de l'exposition. La définition n'est pas seulement une représentation de l'objet, c'est aussi un indice sur le contexte général de l'exposition. Si le texte est très général, il précise néanmoins l'actualisation de l'oeuvre dans un lieu donné. Il évoque une géographie plus vaste que le lieu d'exposition (un pays) et un temps plus long lié à l'usage d'un mot dans une langue. L'image est ici une image acoustique que nous lions par le mot au concept.

Notons que la plupart de ces pièces, nous les connaissons par le truchement d'une autre photographie qui est celle de leur reproduction dans divers catalogues et sites.

Joseph Kosuth, One and Three Plants, 1965

Joseph Kosuth, One and Three plants, 1965

Joseph Kosuth, One and Three plants, dessin, 1965