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| Robert Rauschenberg, Photography statement, 1981 |
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Robert Rauschenberg, Quiet House, Black Mountain, 1949 |
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| Robert Rauschenberg, Photography statement, 1981 |
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Robert Rauschenberg, Quiet House, Black Mountain, 1949 |
| Dan Graham avec Harry Shunk & János Kender, Pier 18, 1971 |
| Dan Graham avec Harry Shunk
& János Kender, Pier 18, 1971, installation au Moma |
| Reconstitution du paysage à partir des photos prises par Dan Graham. fg |
| Superposition des photos prises par Harry Shunk & János Kender sur deux axes. fg |
| Photos prises des deux bords |
| Parcours en spiral du photographe autour de Dan Graham |
Dan Graham ne regarde pas dans son viseur. Il pose l'appareil sur différentes parties de son corps en lui faisant réaliser un mouvement spiralé depuis les pieds jusqu'à la tête. Tant que c'est possible, il regarde son appareil photo. La position de ses pieds, tournés vers la ville, ne bouge pas mais tout son corps se redresse, prise de vue après prise de vue, pour atteindre la verticalité.
Le photographe aussi décrit une spirale "libre" autour de Dan Graham, s'approchant en tournant et déclenchant sur deux axes perpendiculaires.
Un carton manuscrit présente le projet : Dan Graham – Pier 18,
27 février 1971 – 2:22 - 2:37
Appareil photo plaqué sur le corps – commençant à mes pieds, chaque prise de vue spirale progressivement jusqu'au sommet de ma tête – objectif vers l'extérieur – dos de l'appareil appuyé à fleur de peau.
[Un dérivé de mon "Body Press - Hand-off" pour deux personnes à l'intérieur d'un cylindre réfléchissant pour deux caméras super-8 (1970).]
| 2 autres actions sur Pier 18 : Mario Merz et Lawrence Weiner |
| Géza Perneczky, Art Bubbles, 1972, tirages argentiques, 24 x 18 cm |
| Géza Perneczky, Art Bubbles, 1972 |
[...] la fenêtre de cette pièce avait une seule vitre d'un seul tenant. J'ai vu que quand je soufflais des bulles de savon, elles reflétaient la fenêtre dans son ensemble, un carré net à la surface de la bulle. Donc, si je découpais de grandes lettres dans du carton noir, celui qui me sert pour monter les photos, et si je les plaquais contre la fenêtre alors, ce lettrage se refléterait non pas une mais deux fois (à l'endroit et à l'envers) dans la tache lumineuse de la fenêtre sur les bulles de savon.
Tirant parti de cet effet, j'ai réalisé une ultime variante de mon action-bulles avec le mot "art" (cette fois écrit sur la fenêtre) et j'ai conclu ainsi ma série Concepts like Commentary. Le mot art apparaissait sur les bulles qui, ensuite, éclataient. Très vite, cette action a atteint une grande popularité et reste à ce jour l'une de mes œuvres les plus connues : Art Bubbles
Géza Perneczky est un artiste conceptuel hongrois. Depuis 1970, il vit et travaille à Cologne et c'est un médiateur important entre la scène artistique hongroise et internationale. Il est l'un des fondateurs du mouvement post-fluxus : le mail art, qui a marqué le caractère de ses œuvres conceptuelles.
La photographie conceptuelle ainsi que le film expérimental (1970-1975) constituent l'ensemble le plus important dans son travail. Il a également édité des livres d'artistes réalisés avec des tampons en caoutchouc et distribués dans des dossiers A4.
En 2016, il a fait don de ses archives : Soft Geometry Archive au Center for Artist Publications de l'Université de Brême. Perneczky n'a cessé d'alimenter la Soft Geometry Archive depuis le début des années 1970. Elle comprend des assemblages, des graphiques, des collages, des photographies et des correspondances autour d'environ 10 000 positions artistiques.
| Barbara Kruger, Picture/Reading, 1978 |
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Richard Baquié, Intégrale,1992 |
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Richard Baquié, étude pour Intégrale,1992 |
| Richard Baquié, étude pour Intégrale,1992 |
| Marcel Duchamp, collage photo |
"… Je développe des notions de paysage, de panorama, d'image, de perception, de phénomènes sociaux. Les paysages de la série des Intégrales sont élaborés à partir de photographies personnelles de divers pays, la règle étant de trouver le fragment d'image s'assemblant aux autres, formant ainsi un paysage tout à fait artificiel. Ils donnent une certaine impression de déjà vu, une réminiscence confuse." Richard Baquié
| Richard Baquié, Nulle part est un endroit,1989 |
| Richard Baquié, Intégrales,1992 |
| Richard Baquié, Transfert énergétique dans un lieu, 1985, photo-collage, 19 x 41 cm |
| Richard Baquié, Fixer, 1994, 4 tirages Cibachromes, zinc plié et soudé, 200 x 420 cm. |
Ici le film de Achille Chiappe, Étant donné, sur et avec Richard Baquié
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Richard Baquié, Réplique, Étant donnés 1° La chute d'eau, 2° Le gaz d'éclairage, 1991 |
| Marcel Duchamp, Instructions pour Etant donnés : 1° la chute d'eau, 2° le gaz d'éclairage…(édition du Philadelphia Museum of Art, 1987) |
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Découpes des 2 photos ci-dessus montrant une vue générale. fg |
En 1987, le Musée de Philadelphie publie (20 ans après la mort de l'artiste et selon ses instructions) le fac-similé des notes de Marcel Duchamp concernant la construction de son œuvre posthume : "Étant donné : 1° la chute d'eau, 2° le gaz d'éclairage…"
C'est la reproduction, dans un livre, d'un classeur à anneaux où se succèdent, dans des fausses pochettes en plastique, photos et notes de l'artiste permettant le démontage et le remontage de l'installation laissée, à sa mort, dans son atelier new yorkais. Un manuel de construction.
Loin de ressembler à des plans d'architecte ou de designer (comme ceux utilisés à la même époque par Arturo Schwarz pour faire répliquer les ready-made) les documents sont essentiellement des photos noir et blanc prises dans l'atelier, annotées au stylo bille bleu ou au feutre rouge, dans les marges et directement dans les images. Quelques notes rédigées sur des pages blanches sont glissées dans les pochettes ainsi qu'une maquette en carton.
L'atelier où les photos sont prises paraît le lieu exigu d'un grand bricolage, d'un assemblage empirique, d'un ajustement de choses triviales (bout de bois, tissu, branchage, scotch, carton, linoleum…) selon une mécanique de précision qui se sert de la photo pour fixer ses repères. Images et notes sont autant de points d'orientation dans un désordre buissonnant. Les photos sont, sur plusieurs pages, découpées et ajustées elles-mêmes, pour rendre les vues plus explicites. Ce sont des montages de montages. Le classeur s'ouvre sur deux vues d'ensemble de l'installation entière. Deux vues qui sont deux montages de morceaux de photos. Les deux montages sont différents. La seconde vue est annotée : "vue générale plus complète". Plus loin la légende : Approximation démontable, exécutée entre 1946 et 1966 à N.Y, et le titre : "Étant donné : 1° la chute d'eau, 2° le gaz d'éclairage…" D'emblée il apparaît qu'en ajustant différemment les morceaux de photo, la vue devient plus satisfaisante, plus complète. Suit la description des 15 opérations de montage.
| Marcel Duchamp, Instructions pour Etant donnés : 1° la chute d'eau, 2° le gaz d'éclairage…(édition du Philadelphia Museum of Art, 1987) |
Les vues de cette approximation démontable sont des vues d'intérieur. Le montage va de "clouer le linoleum quadrillé au sol" à "placer les cheveux" en passant par "arc bouter le paysage" et "accrocher les nuages en coton". Les 15 étapes sont décrites, photos & images.
"Par approximation j'entends une marge d'ad libitum dans le démontage et le remontage" écrit Marcel Duchamp. Donc du jeu. Jeu et déplacement, la pièce est transportable, on peut la déplacer. Transportée, elle se transforme, un peu (une marge) dans le jeu des joints (inframince). Elle sera, après la mort de Duchamp, déplacée au Musée de Philadelphie en 1969 et remontée en trois mois grâce aux instructions laissées. Si la vue générale doit être montée pour être montrée, c'est qu'elle ne peut être prise de loin (avec le recul nécessaire). C'est une vue d'intérieur. L'opérateur photo est contraint à une proximité (qui lui permet le détail de la vue). Il est proche. L'approximation se fait au plus proche.
Nous sommes nombreux à avoir acheté le fac-similé à sa sortie en 1987, mais un seul l'a mis en œuvre c'est Richard Baquié.
"Étant donné…" est une œuvre qui n'en finit pas de dialoguer avec l'oubli, j'ai le sentiment que Duchamp cherche à pointer et à retrouver tout ce que notre époque a perdu : voyez par exemple le sentiment du paysage, la cascade, le bosquet, le lointain…"
"C'est long à faire, et ça dure au point que je ne sais même pas quand et comment je finirai. Je veux retrouver la dimension du temps et de la durée présente dans cette œuvre posthume…"
"L'intérêt de copier réside avant tout dans les interférences entre ce que l'on croyait savoir et l'autre savoir qui nous arrive quand on se retrouve dans la situation dans laquelle je me suis volontairement mis."
"J'ai d'abord voulu tenter de suivre certains gestes de Duchamp car je me suis dit que ce faisant, je pourrais me retrouver dans le même état de pensée."
"Cet acte iconoclaste marque un terme pour moi à une participation passive." RB
Il fallait à Richard Baquié une dose de courage et d'impertinence pour aimer Duchamp de cette façon et, entre 1989 et 1991, entreprendre avec précision cette réplique à une époque où les ready-made et l'appropriationnisme occupaient le devant de la scène artistique. C'est, au contraire, un principe de répétition fidèle qui est activé ici, une copie conforme (ad libitum), un long approximationnisme.
En la refaisant, il nous a donné à voir de toute part (intégralement) une œuvre visible jusque-là uniquement à travers deux trous percés dans une lourde porte. C'est tout l'appareillage optique qui apparaît et la possibilité pour tous de conjuguer voyeur et viewer. Richard Baquié conclue qu'en refaisant l'œuvre à l'identique, il n'avait rien appris de plus sur Duchamp mais aussi qu'en se remettant dans les gestes de l'auteur il en avait approché la pensée-même. Il me semble que son approche de l'œuvre de Duchamp résonne aujourd'hui avec celle de Bernard Stiegler et s'énonce dans le titre de sa dernière exposition: Constat d'échec.
| Dessins pour la réalisation des ready-made en 1964 |
Ici le film de Achille Chiappe, Étant donné, sur et avec Richard Baquié