lundi 14 avril 2014

Perpetual Photos

Allan McCollum, Perpetual Photo n°209b et 209c, 114,3 x 132,1 cm et 114,3 x114,3 cm, 1989, tirage unique 
Allan McCollum, Perpetual Photo n°168, 114,3 x 109,1 cm, 1989, tirage unique 
Allan McCollum a débuté la série des Perpetual Photos en 1982. La même année il commençait la série des Plaster Surrogates, la suite des Surrogate Paintings de 1978. Dans la série des Perpetual Photos, il explore le lien entre l'objet d'art et la photographie de l'objet d'art.
Il a d'abord observé que pour chaque minute de film montré à la télévision à vingt-quatre images par seconde à un public d'un million de téléspectateurs, il y a plus de 3,5 milliards d'images photographiques qui apparaissent dans le cadre de l'émission. Il a ensuite calculé que si ce chiffre était multiplié par le nombre total de postes de télévision partout dans le monde, le nombre d'images qui apparaitraient serait, pratiquement infini : un univers perpétuel et sans fin d'espace photographique.

Allan McCollum, Perpetual Photo n°180a et 180b, 114,3 x 127 cm et 114,3 x118,1 cm, 1989, tirage unique 
"Lorsque je vois un cadre, contenant une image indéchiffrable, à l'arrière plan d'une scène à la télé, je prends une photo de l'écran de la télévision. L'image indéchiffrable est ensuite agrandie photographiquement et je la mets dans un nouveau cadre plus grand. La source de la Perpetual Photo, l'instantané original de l'écran de TV, est collé à l'arrière du cadre. Il peut être vu seulement en enlevant la Perpetual Photo du mur et en la retournant."

Allan McCollum, Perpetual Photo n°189, 114,3 x 152,4 cm, 1989, tirage unique 
Allan McCollum, Perpetual Photo n°217b, 114,3 x 151,1 cm, 1989, tirage unique 
Allan McCollum décrit ces travaux comme des images du désir de voir une image.

"Ce qui est fort dans les Perpetuals Photos  c'est que quelque soit le nombre d'agrandissements que l'on peut faire de ces petites taches dans des cadres, on n'obtient aucune réponse à aucune question. La beauté de ces images pour moi, c'est la façon dont elles nous invitent, à partir d'une impulsion futile à utiliser la logique pour essayer de découvrir une vérité émotionnelle. Et parce que ces images sont dans un constant état d'apparition et de disparition partout à la fois, c'est comme si nous étions tous perpétuellement suspendus à notre désir de produire du sens dans le monde des représentations et pour toujours perdus dans notre quête du reconnaissable."

Allan McCollum, Perpetual Photo n°205b et 205c, 114,3 x 139,7 cm et 114,3 x157,5 cm, 1989, tirage unique 
L'artiste fournissant le négatif avec chaque tirage, qui est unique, l'oeuvre peut être tirée à nouveau si elle est perdue ou endommagée. Ses origines sont évanescentes et sans importance, elle peut constamment se perpétuer.

Allan McCollum, Perpetual Photos 

dimanche 9 mars 2014

Sur le mur du fond (1)

Bertrand Lavier, Walt Disney Productions, 1947-1985, photographie cibachrome
B. Lavier, Walt Disney Productions, 1947-2013, Acrylic on inkjet print, 214 x 216 cm
En 1986 des photographies de la série Walt Disney Productions , de Bertrand Lavier, figuraient dans l'exposition "Tableaux abstraits" à la Villa Arson. Ce sont de grandes photographies cibachromes qui reproduisent, agrandis, une série de tableaux abstraits inventés en 1947 par le Studio Disney pour meubler le Musée d'art moderne que visitent Mickey et Minnie au cours d'un de leurs périples. L'épisode est repris dans le journal de Mickey en 1977 sous le titre français de Traits très abstraits. Bertrand Lavier a isolé les peintures qui constituent le décor de l'histoire et les a fait accéder à une réalité très tangible. Montrées à de vrais visiteurs, à une échelle adaptée aux lieux d'art, ses peintures dessinées et tramées sont devenues en 1984... des photographies.

Cases issues du Journal de Mickey n°1279 de janvier 1977
Sensées être dans la bande dessinée des reproductions de peintures d'un musée imaginaire, ce sont ces reproductions qui sont reproduites pour devenir vraies oeuvres, regardées, discutées, achetées… Des oeuvres photographiques remplaçant à l'échelle un d'hypothétiques tableaux abstraits destinés davantage, en 1947, à figurer une idée de peinture abstraite qu'une quelconque réalité de cette peinture. (Le monde de Mickey n'est ni prospectif ni documentaire). En 1977, les pseudo peintures abstaites ont intégré des éléments du pop art et en 1984 Lavier, lui, sous la surface lisse de la photographie fait affleurer l'idée de la peinture alors qu'en même temps il montre ailleurs différents objets sous la peau épaisse et mouvementée de cette même idée de la peinture.

En 2002, lors de son exposition au Musée d'Art Moderne à Paris l'artiste accrochera les Walt Disney Productions dans un espace séparé du public par une vitre, recréant une distance, une "bulle" ou une "case", soulignant leur origine et troublant ainsi leur statut trop complètement acquis de peintures contemporaines. En septembre 2013, il expose chez Yvon Lambert une nouvelle version des Walt Disney Productions sous d'autres formats et utilisant d'autres modes de reproduction (3D, jet d'encre...) qui soulignent maintenant les pratiques actuelles et les liens complexes de la reproduction et de la peinture.

Bertrand Lavier, Walt Disney Productions, 1947-2013
En reproduisant ces "peintures", Bertrand Lavier les déplace et en paraphrasant Héraclite : il ne les reproduit jamais deux fois dans le même fleuve, jamais deux fois avec la même technique, jamais deux fois à la même taille, ni dans le même espace, jamais deux fois les mêmes perceptions, ni les mêmes enjeux, finalement jamais deux fois les mêmes reproductions. Peinture et reproduction interchangeables, se mirant l'une dans l'autre, se superposant en un jeu infini de variations sans origine. L'invention de Lavier est d'avoir donné à l'idée une condition d'objet idéal.

Bertrand Lavier, Walt Disney Productions, 1947-2013, Galerie Yvon Lambert
Il faut que les photographies deviennent des objets idéals.

lundi 24 février 2014

Picturediting#7



Accrochage à la Galerie du Quai à l'institut supérieur des arts de Toulouse le 21 février 2014 avec les étudiants de deuxième année.

Une journée de corps à corps avec les images. De clous et de mots. Une journée pour regarder et pour toucher, pour que nos images deviennent des "pictures" artefacts et motifs matériels que nous levons, plaquons, agençons, retournons, alignons, écartons, coupons, comme autant de formats, de surfaces, de rapports, de séries. Les images n'apparaissent que davantage alors, leur sens restauré, amplifié, déplacé dans cette joyeuse prise de corps et de parole.

Vous trouverez toutes les images de l’accrochage en cliquant sur l’album picturediting#7



" La langue anglaise bénéficie d’une distinction opportune dont ne dispose pas la langue française ; à l’image, objet de l’impression visuelle, qui pénètre pensée et discours, s’oppose la picture, artefact et motif matériels. L’image apparaît ainsi dématérialisée, et telle est sa capacité de pénétration. Elle ne sait se restreindre à un champ donné et ne dépend ni d’un média essentiel ni d’une pure opticité, physiologique ou culturellement fondée. L’image est idées, théories, descriptions, métaphores, fantasmes, rêves, souvenirs.

Quelle différence y a-t-il entre picture et image ? Partons du vernaculaire, d’une distinction anglaise intraduisible en français : « Vous pouvez accrocher une picture, mais vous ne pouvez pas accrocher une image. » La picture est un objet matériel, une chose que vous pouvez brûler ou abîmer. L’image est ce qui apparaît dans une picture et qui survit à sa destruction – dans la mémoire, dans le récit, dans des copies et des traces au sein d’autres médias. Le Veau d’or peut être détruit et fondu, mais il survit comme image dans les histoires et dans d’innombrables descriptions. Dès lors la picture est l’image telle qu’elle apparaît sur un support matériel ou à un endroit donné ; (…). L’image n’apparaît jamais sans média mais elle est aussi ce qui transcende les médias, ce qui peut être transféré d’un média à un autre. "
W.J.T. Mitchell, Iconologie, Les prairies ordinaires, 2009




Toutes les images de Picturediting#7



mercredi 12 février 2014

Les monuments de Passaic


Robert Smithson, Une visite aux monuments de Passaic, New Jersey, Artforum, décembre 1967
En septembre 1967 Robert Smithson s'embarque à New York à bord du bus n°30 de l'Inter-City Transport Compagnie pour une visite dans sa ville natale, Passaic. Au cours d'un périple au cœur des décombres de la société positiviste, il y découvre un musée à ciel ouvert, une Rome post-industrielle où poussent les" ruines à l'envers", un film photographique aux dimensions du paysage. Commence alors pour lui, une entreprise de sauvetage du paysage par le récit.

Les 24 photographies sélectionnées par Smithson sont sur l'image et le texte est à lire ici.



Robert Smithson, Une visite aux monuments de Passaic,  5 des 7 rouleaux de films réalisés

(…) Le soleil de midi "cinéma-isait" le site, faisant du pont de la rivière une image surexposée. A le photographier avec mon Instamatic 400, c'était comme si je photographiais une photographie. Le soleil était devenu une espèce d'ampoule monstrueuse projetant dans mon œil une série de plans fixes à travers l'Intamatic. En marchant sur le pont, c'était comme si je marchais sur une énorme photographie faite de bois et d'acier et, dessous, la rivière se présentait comme une énorme pellicule cinématographique qui n'eût rien montré d'autre qu'un blanc continu. (…)
Robert Smithson, Une visite aux monuments de Passaic,  New Jersey, Artforum, décembre 1967

Dan Graham sous-entend que Smithson fut l’un des initiateurs de l’utilisation de la pratique amateur dans l'art : « Ce qui me plaisait, c’était la photographie d’amateur, en tant que hobby. Comme Ruscha et Smithson, en fait, c’est lui qui avait découvert l’usage de l’Instamatic Kodak.» Smithson s’est effectivement approprié ce modèle photographique en endossant les us et coutumes de celui qui fait « le genre de photo que tout le monde pouvait faire ». Favorisant au premier chef la facilité d’exécution, Smithson pratiquait la photographie comme n’importe quel amateur de cette époque qui connut l’essor des loisirs et du tourisme de masse, en utilisant entre 1966 et 1971 le très populaire Eastman-Kodak Instamatic 400. Cet appareil cumulait plusieurs atouts : son prix abordable (une cinquantaine de dollars), sa portabilité ainsi que sa simplicité technique : le chargement de la pellicule était automatique, la focale figée de 1 m à l’infini et l’utilisateur n’avait qu’à régler l’exposition sur la fonction “soleil” ou “nuage”.
Katia Schneller, Sous l'emprise de l'instramatic, études photographiques n°19

Artforum, décembre 1967


jeudi 30 janvier 2014

Picturediting#6




Alors qu'un nouveau cycle de travail commence voici les images du Picturediting#6 réalisé avec les étudiants en photographie de deuxième année à l'isdat de Toulouse le vendredi 22 novembre 2013.

Toutes les photos sont :.






dimanche 26 janvier 2014

Héliographie (2)

Françoise Goria, Plan-film, 2014, C-print 15 x 20 cm

lundi 20 janvier 2014

Héliographie

Barbara et Michael Leisgen, Ecritures du soleil, 1974   
Chris McCaw, Sunburn GSP#223, 2008  
Zoe Leonard, Sun Photographs, 2011 
  
Nicéphore Niepce appela la première image qu'il réalisa, en 1826, grâce à l'action de la lumière : une héliographie (du grec helios, soleil et graphein, écrire). L'héliographie désignait aussi la science consacrée à l'étude et la description du soleil.

Penelope Umbrico, 8 799 661 Suns From Flickr (détail) 3/8/11-2011    
Penelope Umbrico :

Ce projet a démarré le jour où j'ai trouvé 541 795 images de couchers du soleil en tapant le mot "sunset" sur la page d'accueil de Flickr. J'ai recadré juste les soleils de ces images et les ai téléchargés sur le site de Kodak, pour en faire faire des tirages standarts de 13 x 18 cm.

Pour chaque installation, le titre donne le nombre de résultats obtenus en cherchant "sunset" sur Flickr le jour de l'impression de la pièce - par exemple, le titre de la pièce pour la Galerie d'Art Moderne en Australie, était 2 303 057 Soleils depuis Flickr (détail) 9/25/07 et pour le Festival de Photo de New York c'était 3 221 717 Soleils depuis Flickr (détail) 3/31/08 - le titre lui-même devenant un commentaire de l'utilisation toujours croissante du partage photo sur le Web et une réflexion sur l'omniprésence de contenu collectif prédéfini.

C'est très spécial que le soleil, essentiel à la vie, toujours présent dans notre existence, symbole de lumière, de spiritualité, d'éternité, toutes choses inaccessibles et éphémères, pourvoyeur tout-puissant de chaleur, d'optimisme et de vitamine D et si universellement photographié, trouve une voie d'expression sur Internet, le plus virtuel des espaces également infini, mais en fonctionnant à l'intérieur d'un circuit électrique fermé. En regardant à l'intérieur de cet espace électronique froid on trouve une fenêtre virtuelle sur le monde naturel.

Barbara et Michael Leisgen,
Les écritures du soleil, 1982 
La description du soleil,
84 x 124 cm, 1975
L'alphabet du soleil, dimensions variables, 1977
La volonté de Barbara et Michael Leisgen de ne plus porter un regard extérieur sur le paysage mais d’y prendre place, obligeant le paysage à lui-même s’écrire, nécessita la constitution d’un nouveau langage. La nature n’est pas un support neutre, un alibi à partir duquel Barbara et Michael Leisgen construiraient une vue. Le soleil qui fait exister toute chose (ainsi que la photographie), est l’image, sa condition, ainsi que son objet. Barbara et Michael forcent le soleil à s’écrire, à produire sa langue, son propre alphabet. (Alexandre Vanautgaerden)

Chris McCaw, Sunburned GSP#142(Pacific Ocean), 2007. 11"x14" tirage unique, papier baryté, négatif
Chris McCaw :

En 2003 toute une nuit de prise de vue des étoiles fut perdue en raison des effets du whisky. Incapable de me réveiller pour fermer l'obturateur avant le lever du soleil, toutes les informations enregistrées pendant la nuit ont été détruites. La lumière intense du soleil levant face à l'objectif, était si puissante qu'elle a physiquement altéré le film. A partir de là, j'ai élaboré la série Sunburn.

Au cours du processus, le soleil brûle littéralement son parcours sur le support sensible à la lumière. Il pénètre à l’intérieur de l'appareil par l’objectif qui, à la façon d’une loupe, focalise ses rayons sur le papier. Après des heures d'exposition, le ciel, à cause de l'intensité de l'exposition, réagit par une solarisation - un renversement naturel de tonalité. Le négatif résultant contient littéralement un trou brûlé et un paysage complètement renversé. Le sujet de la photographie (le soleil) a transcendé l'idée qu'une photographie est simplement une représentation de la réalité, il est physiquement passé à travers la lentille et a réalisé "de lui-même" la pièce finale. C'est un processus de création et de destruction, tout se passe à l'intérieur de la chambre photographique.

Après beaucoup d'essais et d'erreurs, à la fin de 2006, j'ai choisi d'utiliser du papier photographique argentique baryté noir et blanc. En mettant le papier dans mon porte-film, à la place du film, je crée un négatif papier unique. Sans intermédiaire, la preuve de la brûlure est juste là, au centre, et l'image solarisée devient positive. La gélatine du papier est cuite et laisse de merveilleuses couleurs orange et rouge, avec la cendre qui s'étend d'un noir brillant jusqu'à une surface métallique irisée. Le soleil est devenu un participant actif dans le tirage lui-même.

(...) Ce que je préfère, c'est regarder la fumée sortir de l'appareil photo pendant l'exposition et la petite odeur de guimauve rôtie pendant que la gélatine cuit.

Zoe Leonard, Sun Photograph, Galerie Gisela Capitain, Cologne, 2011
Dans la série Sun Photographs, Zoe Leonard développe une réflexion sur le support photographique et une expérience limite du regard :

"Je m' intéresse aux possibilités d'abstraction de la photographie. En choisissant un sujet qu'il est impossible de décrire, j'explore une façon de décrire la vue, l'expérience et le processus réel de perception."

Penelope Umbrico, Suns from Flickr,  Exposition From Here On, Arles, 2011
Images du soleil actualisées sur le site de la nasa
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