dimanche 7 février 2016

Gouttes de Niépce

Patrick Bailly-Maître-Grand, Les Gouttes de Niépce, 2006
6 éléments, 40 x 40 cm, épreuves au chlorobromure d'argent avec virage
Patrick Bailly-Maître-Grand, Les Gouttes de Niépce, 2006
6 éléments, 40 x 40 cm, épreuves au chlorobromure d'argent avec virage
Fasciné par le miracle fondamental d'une optique, cette feuille de verre capable de dessiner tout un paysage extérieur sur un plan, je me suis amusé à composer des optiques baroques avec des gouttes de gélatine alimentaire...

La prise de vue d'un paysage à travers cette goutte solidifiée de forme baroque, constituait la première étape, la deuxième consistait à re-photographier "normalement" ce même paysage avec une mise au point floue, enfin la troisième était un montage, un collage, de deux images superposées. Il faut percevoir en ce bricolage laborieux une quête nostalgique des années primitives de la photographie quant tout était à découvrir avec une boîte, un bout de verre, de la chimie et du hasard. 
PatrickBailly-Maître-Grand

Patrick Bailly-Maître-Grand, Les Gouttes de Niépce, 2006
Patrick Bailly-Maître-Grand, Bonbonne's band, diptyque de 2 ektachromes 6 x 6 cm,1994
Abelardo Morell, Water and Ink, photogramme sur film 20" X 24", 2006
et Splashed Water, cliché verre sur film 8” x 10”, 2006
Il faut fabriquer des "optiques baroques" avec de la gélatine alimentaire pour abolir l'espace entre les lentilles de l'objectif et le plan de la pellicule contenant les sels d'argent incorporés à la gélatine de l'émulsion.

mardi 2 février 2016

Paraître, c’est déjà une façon d’être.(3)

Leila Alaoui, série Les Marocains
Les Marocains est une série de portraits photographiques grandeur nature réalisés dans un studio mobile que j’ai transporté autour du Maroc. Puisant dans mon propre héritage, j’ai séjourné au sein de diverses communautés et utilisé le filtre de ma position intime de Marocaine de naissance pour révéler, dans ces portraits, la subjectivité des personnes que j’ai photographiées. Inspirée par “The Americans”, le portrait de l’Amérique d’après-guerre réalisé par Robert Frank, je me suis lancée dans un road trip à travers le Maroc rural afin de photographier des femmes et des hommes appartenant à différents groupes ethniques, Berbères comme Arabes. Ma démarche, qui cherche à révéler plus qu’à affirmer, rend les portraits réalisés doublement “documentaires” puisque mon objectif – mon regard – est à la fois intérieur et critique, proche et distancié, informé et créatif. Ce projet, toujours en cours, constitue une archive visuelle des traditions et des univers esthétiques marocains qui tendent à disparaître sous les effets de la mondialisation.

Cette manière hybride de concevoir le documentaire fait écho à la démarche corrective postcoloniale que de nombreux artistes contemporains engagent aujourd’hui afin d’écarter de l’objectif l’exoticisation de l’Afrique du Nord et du monde arabe très largement répandue en Europe et aux Etats-Unis. Le Maroc a longtemps occupé une place singulière dans cette utilisation de la culture historique – en particulier des éléments de l’architecture et des costumes nationaux – pour construire des fantasmes d’un « ailleurs » exotique. Les photographes utilisent souvent le Maroc comme cadre pour photographier des Occidentaux, dès lors qu’ils souhaitent donner une impression de glamour, en reléguant la population locale dans une image de rusticité et de folklore et en perpétuant de ce fait le regard condescendant de l’orientaliste. Il s’agissait pour moi de contrebalancer ce regard en adoptant pour mes portraits des techniques de studio analogues à celles de photographes tels que Richard Avedon dans sa série“In the American West”, qui montrent des sujets farouchement autonomes et d’une grande élégance, tout en mettant à jour la fierté et la dignité innées de chaque individu. »
Leila Alaoui, série Les Marocains
Grièvement blessée vendredi 15 janvier à Ouagadougou, lors des attaques contre le restaurant Cappuccino où elle était attablée, et l’hôtel Splendid, Leila Alaoui a succombé lundi soir à ses blessures. Elle s’était rendue dans la capitale du Burkina Faso dans le cadre d’un projet de documentaire sur les violences faites aux femmes en Afrique de l’Ouest, initié par l’ONG Amnesty International.


Leila Alaoui, série Les Marocains

samedi 30 janvier 2016

Paraître, c’est déjà une façon d’être.(2)

Omar Victor Diop, Le Studio des Vanités
Omar Victor Diop, Le Studio des Vanités

Portraits posés de la scène culturelle Africaine
Voici les nouveaux visages des cultures urbaines du continent. Ils sont noirs, arabes, blancs, qu’importe. Ils sont créatifs et ambitieux, mais surtout, ils travaillent à faire de leurs visions une réalité. Je dresse le portrait d’une génération qui oeuvre à positionner l’urbain africain en tant que creuset de la création contemporaine, lieu d'échanges et de production.
Il s’agit ici d’aller au delà de l’exercice purement représentatif qui veut que chaque portrait soit l’« immortalisation » d’un sourire niaisement endimanché. La démarche est collaborative, en ce sens que le sujet et moi-même assemblons des indices vestimentaires et décoratifs porteurs d’affirmations identitaires, de translations sociales, de «sartorial statements».


Bienvenue dans ce Studio des Vanités. Ici, paraître, c’est déjà une façon d’être. Les vanités qui se laissent éclore ici sont joueuses, optimistes et conquérantes. Elles offrent au monde ce dont il les a nourri : une âme créole.

Omar Victor Diop, Le Studio des Vanités
Omar Victor Diop, Le Studio des Vanités
Omar Victor Diop, Le Studio des Vanités

vendredi 29 janvier 2016

Paraître, c’est déjà une façon d’être. (1)

Malick Sidibé
Malick Sidibé
En 1962, Malick Sidibé ouvre son propre studio dans le quartier très vivant de Bagadadji à Bamako. Tout en réalisant des photographies de studio, il effectue de nombreux reportages sur les loisirs des jeunes du tout nouvel Etat malien : les soirées, les surprises-parties, les noces, les fêtes où l'on danse, où l'on exhibe ses vêtements, les bars, les clubs de jeunes où l'on écoute et danse sur les disques de pop music, rock and roll, soul music, ainsi que les sorties sur les bords du fleuve Niger. Surtout à partir de 1968, à partir du "temps des disques" (et du changement de régime). Le studio Malick, à l'angle 19 de la rue 30, attire son lot de clientèle régulière. "Le studio, ça marchait les jours de fête. Je pouvais faire trois heures de temps arrêté devant le trépied. J'avais mon petit qui était à la porte qui faisait les réceptions, qui écrivaient les noms", tout ça jusque "vers une heure, au milieu de la nuit". Les studios de quartier restent ouverts une bonne partie de la nuit, car la clientèle est plus nombreuse le soir.


Malick Sidibé
Malick Sidibé
"Dans le studio, je plaçais les gens, je trouvais les positions. Je ne voulais pas que mes sujets soient des momies, soient arrêtés. je leur donnais des positions qui avaient une certaine vie. Quand vous regardez la photo, vous la voyez bouger devant vous. Je voulais des gens qui vivent." Malick Sidibé

Malick Sidibé
"Il y avait à cette époque deux types de danseurs : les zazous, aisés, souvent de familles de fonctionnaires, qui commandaient leurs costumes à Saint-Germain des- Prés, et les yéyés, moins riches, sans protocole, qui dansaient dans les bals populaires, on disait les « bals poussière ». J’ai eu le privilège de photographier des gens en mouvement, qui ne faisaient pas attention à moi. Je n’ai jamais dansé, mais ces jeunes respiraient la vie et me faisaient oublier mes soucis." Malick Sidibé

Malick Sidibé

Interview de Malick Sidibé par Paul Cottin from Frac Bretagne on Vimeo.