lundi 8 mars 2010

Joseph Kosuth

Joseph Kosuth, One and Three Photographs, 1965
(vintage photograph, photograph of a photograph, photographic enlargement of dictionary definition of 'photograph' )

Joseph Kosuth, Informationroom, 1970

Dans la série des proto-investigations conçue à partir de 1965 Kosuth présente pour chaque pièce, trois objets : un objet choisi, sa photographie prise dans le lieu de son exposition et le texte de la définition de l'objet, agrandi, tiré d'un dictionnaire anglais, si la pièce est exposée dans un pays anglophone ou tiré d'un dictionnaire de traduction vers la langue du pays d'exposition si celui-ci n'est pas anglophone. S'agit-il de la triple représentation d'une même chose ? Chacun des trois objets est-il une représentation et si oui, de quoi ?

1-l'objet choisi

De part et d'autre de la série, les objets choisis sont de natures très différentes, allant de la chaise au miroir, de la table à la plante, de la photographie à l'ombre.

Marteau, manteau, horloge, lampe, cadre, triangle, plante, miroir, ombre, photographie, scie, pelle, vitre, casserole, caisse sont soit remarquables par leur banalité, renvoyant à la production en série ou au cubisme, soit remarquables par le défi qu'ils lancent à leur représentation en comprenant une dimension temporelle, un mouvement (comme c'est le cas de la plante, de l'horloge ou du miroir). Si l'objet choisi est compris comme une représentation de lui-même c'est parce qu'il échappe à sa dimension d'usage, à sa fonction. Dans la droite ligne du ready-made il quitte le système des objets fonctionnels de son temps pour se donner à voir, affirmant que regarder et utiliser sont deux actes distincts. C'est donc le regard même qui qualifie l'objet en tant que représentation, qui le met à distance, dans un présent réitéré ou plutôt dans sa co-présence avec nous qui regardons.

2-la photographie

Oui, la photographie est bien une représentation de l'objet dont elle ne s'éloigne que relativement puisqu'elle lui est juxtaposée. La photographie de l'objet a été faite dans le lieu même où nous le voyons. Elle a été faite. Elle témoigne d'un moment et d'un acte passés. Passés de peu puisque compris dans le temps de l'exposition. Cette représentation incorpore à l'œuvre un temps particulier de fabrication : prise de vue, développement du film, tirage, transport. Pendant tout ce temps, l'objet est déjà dans le lieu de son exposition. En attente. Il ne s'agit pas d'un polaroïd. Une activité sociale, un métier, celui de photographe, est mis à contribution pour que l'oeuvre existe. Dans la comparaison que nous faisons inévitablement entre l'objet et sa photographie nous voyons un laps de temps dans lequel une activité de production a eu lieu. On peut imaginer que la qualité de l'objet "photographie" dépendra de l'évolution des techniques de production des images propres à une époque (particulièrement dans One and Three Photographs). Nous observons aussi le fond de la photographie qui pour être conforme aux intentions de l'artiste doit être dans la continuité du lieu réel. Nous vérifions.

3-la définition

En regardant l'oeuvre nous savons immédiatement dans quelle langue nous devrons nous adresser aux autres personnes présentes dans le lieu. La langue écrite est la langue du lieu de l'exposition. La définition n'est pas seulement une représentation de l'objet, c'est aussi un indice sur le contexte général de l'exposition. Si le texte est très général, il précise néanmoins l'actualisation de l'oeuvre dans un lieu donné. Il évoque une géographie plus vaste que le lieu d'exposition (un pays) et un temps plus long lié à l'usage d'un mot dans une langue. L'image est ici une image acoustique que nous lions par le mot au concept.

Notons que la plupart de ces pièces, nous les connaissons par le truchement d'une autre photographie qui est celle de leur reproduction dans divers catalogues et sites.

Joseph Kosuth, One and Three Plants, 1965

Joseph Kosuth, One and Three plants, 1965

Joseph Kosuth, One and Three plants, dessin, 1965

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