dimanche 15 décembre 2013

Le vide narratif

Mac Adams, Untitled 2, Half Truths, 2002, (100 x 57 cm chacune)
Mac Adams, Post Modern Tragedy, Interrogation -1986, Kettle - 1987, Tea Pot - 1988, Um - 1989
Je construis mes narrations en m’intéressant à l’économie de moyens. Comment peut-on écrire une histoire à partir de deux ou trois images ou d’une situation basée sur un nombre minimal d’objets ? C’est là que le vide narratif entre en jeu. Le vide narratif trouve ses origines dans le cinéma; il décrit l’espace qui existe entre les images animées successives. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe dans l’espace entre ces images, l’espace entre les formes, de façon générale, et les narrations multiples que ces espaces évoquent, en particulier dans le contexte très spécifique du mystère. C’est dans ce vide que la cognition apparaît.

Mac Adams, Mystery of Two Triangles, 1976
Mac Adams, The Butterfly, 1977
Mac Adams, Toaster, 1976
Au début des années 1990 il était évident que l'ordinateur changeait la nature du mystère telle que nous l'entendions. Je me suis rendu compte que la capacité panoptique des ordinateurs à parcourir d'énormes banques d'images rendent le terme 'in situ' obsolète. Il est possible de se tenir à New York et de faire l'expérience d'un assassinat en Israël comme un reflet dans une fenêtre à Paris … 'L'endroit' tel que nous le connaissons cela n'existe pas dans le cyber monde, cette convergeance des médias redéfinit les lignes entre ce que nous définissons comme fiction et réalité.
Mac Adams

Mac Adams, Still Life with Cézanne, 1977
Dès 1968, Mac Adams renouvelle la "photographie narrative". La première série, photographies noir et blanc, intitulée "Mysteries" raconte des histoires de crimes.

Avec le mouvement minimal et conceptuel, l'art de cette époque se définit et se reconstruit avec des éléments extérieurs à l'oeuvre : preuves, certificats, informations complémentaires... En réaction à cette tendance, Mac Adams introduit la notion de fiction dans ses photographies.

Au départ, Mac Adams réalise des "environnements", de véritables mises en scène tridimensionnelles témoignant d'une action souvent violente qui aurait eu lieu à un moment donné. Très vite, ses installations deviennent des images : photographies composées de manière extrêmement rigoureuse. Il utilise aussi bien un procédé cinématographique que pictural : le regard est dirigé par le biais de véritables synopsis proches du théâtre afin d'intégrer un maximum d'informations dans la même image. Mac Adams rassemble des "acteurs" et un décor qu'il met en scène au moment de la prise de vue. Il use du diptyque ou de l'effet de miroir brisé afin de faire ressortir la notion de temps : avant et après. Les indices sont visibles et l'histoire se reconstitue.

Cependant, c'est moins la lecture linéaire d'une enquête policière qui intéresse Mac Adams qu'une histoire ouverte générant différentes interprétations possibles. Il part toujours de quelque chose qu'il invente et qu'il réalise autrement que sur la surface du papier. L'histoire existe avant d'être retranscrite. Il n'y a ni trucage ni retouche. C'est au moment de la prise de vue qu'une réalité en décline une autre et c'est la photographie qui restitue l'unité de la narration.


Mac Adams, installation, Loose Theads I, 2010 - Loose Theads II, 2011
Nine things I learned from the art of Mac Adams de David Campany
Crimes of Perception, entretien vidéo

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