jeudi 31 mars 2016

Instantanés (sauts)

Stanley Forman, Incendie à Boston, 1975
Sarah Charlesworth, Stills, 1980
Ed van Wijk, Zwembad, Delft, 1958-1962
Philippe Halsman, Jean Seberg, 1959
William Wegman, For a Moment..., 1971
Gary Winogrand, New York, 1955

Alexandre Rodchenko, Dive, 1930 et 1935
Kerry Skarbakka, Clint, 2002 (60 x72 cm)
Helmut Newton, Twiggy and Cat, 1967
John Baldessari, Upward Fall, 1986 (241 x 172 cm)
Richard Drew, 9 septembre 2001
Sarah Charlesworth, Stills, 1980

Il y a du sadisme dans l'instantané, à la fois du côté du spectateur (qui le conjure par le plaisir qu'il y prend) et du côté du photographe (qui le met en scène). Même dans une mise en scène bon enfant du style : "Eh bien ! Sautez maintenant !" (à la corde, d'un escalier, d'un mur, au filet, seul, en groupe, etc.), quelque chose se joue au-delà du jeu de société. On attend le faux pas, le lapsus gestuel, le je-ne-sais-quoi révélateur qui ne se produirait pas sans la consigne du meneur de jeu et l'artifice de l'instantané. Et la complaisance de ceux qui s'y prêtent n'y change rien, c'est toujours d'un jeu de la vérité qu'il s'agit. Rien ne le montre mieux que l'usage radical qu'en fait Philippe Halsman : "Dis-moi comment tu sautes, je te dirai qui tu es."
(...)
Cette composante sadique de l'instantané (qui est d'ordre structural, liée à l'altération de la figure humaine) se manifeste aussi d'une autre façon. Après tout, un de ses premiers outils a été un fusil (le fusil photographique de Marey), et l'on ne s'étonnera pas du choix privilégié qu'il fait des victimes : gens défenestrés (c'est lui qui réalise la gageure de Delacroix de dessiner le couvreur en train de tomber du toit) ou mitraillés (qu'on se rappelle la photo d'Oswald recevant la balle de Ruby), proies en tout genres, poursuites.

Sylvain Roumette, extrait du texte Immobile à grands pas, 198

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