vendredi 2 octobre 2009

Thierry Kuntzel, Etienne-Jules Marey

Etienne-Jules Marey, application du sphygmographe sur le poignet et inscription du tracé du pouls. Document extrait de E.-J. Marey, "La Méthode graphique dans les sciences expérimentales", G Masson, 1885, BN Département des imprimés.

Thierry Kuntzel, La peau, 2007

« Peau. n.f., d’abord pel (1080) puis peau (1150) est issu du latin pellis « peau d’animal, fourrure, peau tannée, cuir » et aussi parchemin (...). Pellis appartient probablement à la même famille que le grec pelma « plante du pied », l’anglo-saxon filmen « peau, pellicule ».

Le Robert, dictionnaire historique de la langue française.
 Que saurait-on ajouter à ce qui visiblement s’assemble dans la langue : cuir, parchemin, pellicule - peau ?
 Peut-être ce condensé : makimono, rouleau mobile de signes immobiles, volume déplié (volumen), loin du feuilletage, page après page (codex).
 Il en sera donc de la peau comme d’un paysage roulé, déroulé : ces surfaces lisses, accidents, particularités (grains de beauté, taches de rousseur, pigmentation, cicatrices, bleus, traces anciennes, rides), paysage lunaire, jamais vu - sauf dans la proximité de l’amour, d’un trop réel (halluciné).
 Pour qui a vu Eté - ambiguïté d’un corps dans un espace - ou Hiver - surface ou sous-face -, c’est ici un être, sans référence extérieure (hors-cadre), ni pli-dépli : apparition.
 Sans doute mon dernier hommage (dommage) au cinéma, au film. Lent défilement de la pellicule (où s’est perdue la notion de photogramme), appareil de projection visible dans l’espace (avec une torsion légère, l’horizontale a remplacé la verticale, absence de projectionniste, boucle machinique) pour donner lieu à une grande image.
Peau-pellicule : qui saura si sur l’écran ce sont accidents épidermiques (cicatrices, pigmentation..) ou de la matière-film (altération, poussière, rayure...), représenté ou représentant ?
Fin et début et fin d’une « invention sans avenir » Lumière.
Zone indécidable : immobile-mobile-immobile ? De la peau-pellicule glisse, apparaît, disparaît, fait retour à l’identique. Peut-être encore : lissé sans être lisse, mise à plat avec l’ombre d’un relief.
 Zénon, cruel Zénon. »


Thierry KUNTZEL
projet écrit en 2006

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